La France forme 26 pays à la lutte contre les enlèvements crypto

L'Unité nationale cyber a réuni des enquêteurs de 26 pays à Lille pour combattre les cryptorapts. La France recense 74 attaques physiques en 2026, record mondial.

Julien Marchetti Actualités

La France forme 26 pays à la lutte contre les enlèvements crypto

Du 5 au 9 octobre 2026, Lille a accueilli un atelier de formation internationale sans précédent sur la criminalité liée aux cryptomonnaies. L'Unité nationale cyber (UNCyber) de la Gendarmerie nationale a réuni des enquêteurs de 26 pays, dont les États-Unis, l'Australie, la Norvège et le Royaume-Uni. L'objectif : partager les méthodes d'investigation sur les enlèvements extorsifs visant les détenteurs de cryptos, un phénomène en pleine explosion.

Organisé avec Europol et le Danemark, cet atelier de cinq jours s'est concentré sur des cas réels. Les participants ont appris à lire les transactions blockchain, à suivre les flux monétaires illicites et à contourner les obstacles techniques comme les mixeurs ou les ponts inter-chaînes. Pour la première fois, un magistrat américain détaché auprès d'Eurojust a participé, signe que la dimension judiciaire du problème prend de l'ampleur.

74 attaques physiques recensées en France en 2026

La France détient un triste record mondial. Selon gart.io, 74 agressions physiques contre des détenteurs de cryptos ont été enregistrées sur le territoire français en 2026. Ce chiffre en fait le pays le plus touché au monde par ce type de criminalité. Les agresseurs ciblent des particuliers pour leur extorquer des clés privées, souvent sous la menace d'armes ou de violences.

Le Parquet national antiterroriste et de la criminalité organisée (Pnaco) recense 135 enlèvements ou tentatives d'enlèvement liés aux crypto-actifs depuis 2023. La progression est brutale : 18 cas en 2024, 67 en 2025, et déjà 47 au cours des quatre premiers mois de 2026. En avril dernier, 88 personnes étaient mises en examen et 75 placées en détention provisoire. Plus de dix suspects étaient mineurs. Cette vague d'agressions s'ajoute aux piratages informatiques qui ont déjà coûté 1,3 milliard de dollars au secteur DeFi en 2026.

Un couple ciblé deux fois en six mois

Le 29 septembre 2026, vers 5 heures du matin, trois hommes masqués et armés ont escaladé la clôture d'une propriété à Saint-Jean-de-Védas, près de Montpellier. Une alarme les a fait fuir. Les gendarmes ont interpellé trois suspects âgés de 19, 30 et 38 ans. Le couple visé subissait sa deuxième tentative en six mois. Cette affaire illustre la détermination des groupes criminels et le risque de récidive sur les mêmes cibles.

Les cryptorapts ne se limitent pas à des vols opportunistes. Ils révèlent une organisation sophistiquée : repérage des victimes via les réseaux sociaux, surveillance prolongée, coordination entre plusieurs complices. Les enquêteurs doivent démanteler des réseaux qui maîtrisent autant les techniques d'effraction que les mécanismes des actifs numériques. En septembre dernier, 20 millions de dollars en XRP ont été dérobés sur 6 678 portefeuilles, illustrant la diversité des vecteurs d'attaque.

Une expertise exportée à l'international

L'UNCyber ne se contente pas de former ses propres agents. En partageant ses méthodes avec 26 pays, la France se positionne comme un leader dans la lutte contre la criminalité crypto. L'atelier de Lille a permis aux délégations étrangères de travailler sur des scénarios concrets, avec le soutien logistique du centre de formation CNFCYBER-MI.

Europol joue un rôle clé dans cette coordination. Depuis son centre sécurisé de La Haye, l'agence permet aux autorités nationales de synchroniser les perquisitions, les arrestations et les saisies d'actifs en temps réel. En mars 2026, une opération contre le service de proxy malveillant SocksEscort a permis de geler 3,5 millions de dollars en cryptomonnaies. Les autorités font face à une année 2026 marquée par des records de vols crypto, ce qui renforce l'urgence de la formation internationale.

Mieux comprendre pour mieux identifier

L'UNCyber insiste sur un principe simple : maîtriser les actifs numériques et leurs mécanismes constitue un levier essentiel pour identifier les auteurs. Les enquêteurs doivent comprendre les protocoles blockchain, les techniques d'anonymisation et les plateformes d'échange hors de portée judiciaire européenne. Sans cette expertise, les flux financiers restent opaques et les criminels impunis.

La formation dispensée à Lille repose sur une approche concrète. Les participants analysent des portefeuilles suspects, reconstituent des chaînes de transactions et apprennent à détecter les tentatives de blanchiment. L'objectif final : raccourcir le délai entre l'agression et l'interpellation, avant que les fonds ne disparaissent dans des structures off-shore ou des mixeurs.

Une menace qui déborde les frontières

Les cryptorapts ne connaissent pas de frontières. Un réseau peut opérer en France, blanchir les fonds en Suisse et les convertir en monnaie fiduciaire dans un paradis fiscal. La coopération internationale devient donc indispensable. L'atelier de Lille s'inscrit dans cette logique : mutualiser les compétences, harmoniser les procédures et construire une réponse coordonnée face à une menace transnationale.

La présence d'un magistrat américain auprès d'Eurojust marque une étape importante. Elle signale que les autorités judiciaires reconnaissent désormais la dimension systémique du problème. Les procureurs doivent pouvoir émettre des mandats compatibles avec les législations de plusieurs pays, geler des actifs numériques sans délai et collaborer avec des plateformes privées souvent réticentes.

Avertissement Les informations publiées sur Coinliva sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil financier ou en investissement. Les crypto-monnaies sont très volatiles et comportent des risques. Nous nous efforçons de fournir des informations exactes et à jour, mais certains éléments peuvent évoluer. Faites toujours vos propres recherches avant toute décision financière.