Pendant que le monde parie sur la prochaine décision de la Fed ou sur l'issue du conflit iranien, l'internaute français reste à la porte. Les marchés de prédiction, ces plateformes où l'on mise sur des événements réels, sont bloqués en France depuis l'été 2026. La décision vise en premier lieu Polymarket, le leader du secteur.
Le sujet méritait un point clair, loin de l'écume médiatique. Voici ce que recouvre ce blocage, et ce qu'il dit de la manière dont la France range les marchés de prédiction dans ses cases réglementaires.
Ce qu'a décidé l'ANJ
Le 16 juillet 2026, la présidente de l'Autorité nationale des jeux a ordonné aux fournisseurs d'accès à internet de bloquer le site de Polymarket. La mesure a été rendue publique le lendemain. Comme le rapporte Les Enjeux, le régulateur a qualifié ces plateformes de jeux d'argent et de hasard non autorisés en France.
La portée du blocage reste partielle. L'accès au site web a bien été coupé au niveau des opérateurs télécom. Mais l'application mobile de Polymarket demeurait fonctionnelle en France à la date de la décision. Le mur réglementaire existe, il n'est pas étanche.
Jeux d'argent, pas finance
La logique du régulateur tient à une qualification juridique. En France, les paris sur des événements sont assimilés à des jeux d'argent. Or ce secteur est fermé, encadré, réservé à des opérateurs agréés. Un marché de prédiction ouvert à tous, sans licence de jeu, tombe donc dans l'illégalité.
Deux griefs précis accompagnent la décision. D'abord l'absence de système d'identification des joueurs, le fameux contrôle de l'identité, sur les versions accessibles au public européen. Ensuite une enquête ouverte le 4 mai 2026 par la brigade de lutte contre la cybercriminalité de Paris, autour de soupçons de manipulation de données météorologiques utilisées pour dénouer certains paris.
La sanction encourue est dissuasive. La promotion de sites de jeux non autorisés expose à une amende de 100 000 euros. Le message adressé aux influenceurs et aux relais français est sans ambiguïté.
Un marché mondial en pleine croissance
Le paradoxe saute aux yeux. Au moment où la France ferme la porte, les marchés de prédiction connaissent une phase d'expansion rapide ailleurs. Les grands rendez-vous de l'actualité, élections, décisions monétaires, tensions internationales, alimentent des volumes de paris considérables sur Polymarket et son rival Kalshi.
L'appétit français était bien réel avant le blocage. En juin 2026, Polymarket a enregistré 578 751 visites et 205 057 visiteurs uniques depuis la France. Ces chiffres montrent une demande installée, que la décision de l'ANJ vient contrarier sans forcément la faire disparaître. Pour comprendre le fonctionnement de ces plateformes, notre guide des meilleurs marchés de prédiction détaille leurs mécanismes.
La France dans une vague européenne
La France n'agit pas seule. Douze pays européens ont déjà restreint ou bloqué l'accès aux marchés de prédiction, parmi lesquels l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, la Pologne et les Pays-Bas, comme le rappelle le média Blockhead dans son suivi de la décision française. Le blocage français s'inscrit donc dans un mouvement continental, pas dans une exception isolée.
Cette convergence pose une question de fond. Un marché de prédiction est-il un jeu d'argent ou un instrument financier. La réponse change tout, car elle détermine le régulateur compétent et le régime applicable. La plupart des États européens tranchent aujourd'hui pour le jeu, avec les restrictions qui vont avec.
Ce que le blocage révèle
La séquence éclaire une zone grise du droit. Les règles européennes sur les crypto-actifs, dont nous avons décrit l'application avec les 33 plateformes agréées en France, ne couvrent pas les marchés de prédiction. Ces plateformes tombent dans un autre régime, celui des jeux, géré par une autre autorité. D'où le blocage plutôt qu'un simple encadrement.
Pour l'utilisateur français, la conséquence est concrète. Miser sur ces plateformes reste juridiquement risqué, et les relais publicitaires s'exposent à de lourdes amendes. La technologie derrière ces marchés, souvent adossée à une blockchain, ne change rien à leur statut aux yeux du régulateur. Tant que la qualification de jeu prévaudra, l'accès restera fermé, quelles que soient les innovations affichées par les plateformes.