Hyperliquid se retrouve dans un vide réglementaire paradoxal : signalé par plusieurs autorités de surveillance, mais disposant d'un ETF coté au Nasdaq. La plateforme de contrats à terme perpétuels figure sur la liste d'alerte aux investisseurs de l'Autorité monétaire de Singapour (MAS) depuis le 26 juin 2026, et sur la liste d'avertissement de la FCA britannique depuis le 21 mai. Pourtant, le Grayscale Hyperliquid Staking ETF (HYPG) s'échange sur le Nasdaq depuis le 3 juin 2026, avec 217,8 millions de dollars d'actifs sous gestion au 5 octobre.
Hyperliquid Labs confirme être basé et enregistré à Singapour, mais se décrit comme « actuellement non réglementé ». La MAS déclare ne pas se considérer compétente pour superviser la plateforme, invoquant sa structure décentralisée. Cette position crée une situation où une plateforme opère sans régulateur identifié, tout en donnant accès à des contrats à terme avec effet de levier sur les cryptomonnaies, le pétrole brut et les actions, sans intermédiaire clair pour superviser les transactions.
Signaux d'alerte de plusieurs juridictions
La MAS a placé Hyperliquid sur sa liste d'alerte le 26 juin 2026. Cette liste ne constitue pas une interdiction, mais avertit le public sur des entreprises qu'il pourrait à tort considérer comme agréées. Hyperliquid a répondu le jour même qu'elle n'avait jamais demandé de licence MAS. La FCA britannique a ajouté Hyperliquid et la Hyper Foundation à sa liste d'avertissement le 21 mai 2026, soupçonnant la fourniture de services financiers non autorisés au Royaume-Uni.
Aux États-Unis, la plateforme bloque l'accès direct depuis le territoire américain, mais le CME Group et l'ICE auraient alerté la CFTC sur une possible manipulation des prix du pétrole et un contournement des sanctions. Les transactions se règlent sur une blockchain, les utilisateurs conservent la garde de leurs fonds, et la vérification d'identité est limitée. Cette configuration décentralisée complique l'attribution de responsabilité réglementaire, chaque autorité estimant qu'une autre devrait superviser. En Europe, l'ESMA veut étendre MiCA aux passerelles DeFi, ce qui pourrait éventuellement couvrir ce type de plateforme.
Un ETF américain malgré les alertes
Le Grayscale Hyperliquid Staking ETF (HYPG) a commencé à se négocier sur le Nasdaq le 3 juin 2026, avec des frais de 0,29 %. Un dépôt du 5 octobre a ajouté BitGo comme dépositaire, et les actifs s'élèvent à environ 217,8 millions de dollars, dont 89 à 91 % en staking selon Crypto Briefing. Cet ETF permet aux investisseurs américains d'obtenir une exposition à HYPE via un véhicule réglementé, tandis que la plateforme sous-jacente est signalée par plusieurs régulateurs comme non autorisée.
Cette contradiction soulève des questions sur la diligence raisonnable. Un ETF coté sur un marché réglementé américain donne une apparence de légitimité à un actif dont la plateforme d'émission est explicitement signalée comme non autorisée par au moins deux régulateurs. Les investisseurs achetant HYPG sur le Nasdaq peuvent ignorer que la plateforme Hyperliquid elle-même figure sur des listes d'alerte.
Vente OTC et présence locale
En parallèle, 3,75 millions de HYPE (environ 340 millions de dollars) ont été débloqués pour les contributeurs précoces et vendus de gré à gré à un seul acheteur institutionnel. HYPE s'échangeait autour de 92,60 dollars le 7 octobre, dans une fourchette de 24 heures entre 91,11 et 95,21 dollars selon Cryptotimes. Des offres d'emploi suggèrent une présence locale à Singapour, avec environ 11 personnes ayant rejoint le bureau en 2024 autour du cofondateur Jeff Yan, selon un rapport de KuCoin.
La conférence TOKEN2049 à Singapour les 7 et 8 octobre 2026 a ravivé l'attention sur le statut réglementaire d'Hyperliquid. L'alignement entre la présence physique à Singapour, l'inscription sur la liste d'alerte de la MAS et la cotation d'un ETF au Nasdaq illustre les limites de la supervision transfrontalière des plateformes décentralisées. Aucun régulateur n'a ordonné l'arrêt de l'activité, mais tous signalent que la plateforme opère en dehors de leur cadre d'autorisation.
Le paradoxe de la régulation décentralisée
Le cas Hyperliquid met en lumière un vide structurel. Une plateforme peut être basée dans une juridiction, signalée par plusieurs régulateurs, et pourtant continuer à opérer tout en servant de sous-jacent à un produit financier coté sur un marché américain. La structure décentralisée permet à Hyperliquid d'éviter l'obligation de licence, mais pas les alertes publiques. Les régulateurs avertissent, mais ne peuvent pas agir directement sans établir d'abord leur compétence juridictionnelle.
Pour les investisseurs français, ce cas souligne l'importance de vérifier le statut réglementaire des plateformes et des actifs avant d'investir. Un ETF coté au Nasdaq n'équivaut pas à un label de sécurité sur la plateforme sous-jacente. Les listes d'alerte de la MAS, de la FCA et d'autres régulateurs sont publiques et consultables. La présence d'Hyperliquid sur trois listes d'alerte distinctes tout en disposant d'un ETF américain est un signal d'incohérence réglementaire qui devrait inciter à la prudence. Contrairement aux 33 plateformes agréées MiCA en France, Hyperliquid n'a obtenu aucune autorisation formelle dans les juridictions où elle opère.