Le FMI débloque 139 millions pour le Salvador mais interdit le Bitcoin

Le FMI approuve 139 millions de dollars pour le Salvador le 1er octobre, mais impose une condition : le pays doit cesser d'acheter du Bitcoin avec des fonds publics.

Julien Marchetti Actualités

Le Fonds monétaire international a approuvé le 1er octobre 2026 un décaissement de 139 millions de dollars en faveur du Salvador dans le cadre d'un programme de facilité élargie de 1,4 milliard de dollars. Cette annonce, présentée comme une victoire pour le gouvernement salvadorien, cache une contrainte majeure : le pays doit cesser d'acquérir du Bitcoin avec des fonds publics.

Une dérogation accordée, une interdiction imposée

Le FMI a accordé une dérogation pour un non-respect de critères de performance liés aux avoirs en Bitcoin. Le Salvador avait continué d'acheter du Bitcoin malgré l'engagement pris lors de la première révision du programme de ne plus le faire. L'institution de Washington a accepté de débloquer les fonds après avoir établi que « le Bitcoin supplémentaire acquis après la première révision provenait de dons privés et non de fonds publics », selon les déclarations du personnel du FMI rapportées par Reuters.

Cette distinction juridique ne change rien à la réalité pratique. Le Salvador doit désormais stopper toute acquisition de Bitcoin par le gouvernement et réduire sa participation dans les activités crypto. La condition accompagne le déblocage des 139 millions de dollars, transformant ce qui ressemble à une approbation en une restriction contraignante.

Le paradoxe d'une victoire sous condition

Le gouvernement salvadorien a présenté l'annonce comme une reconnaissance de sa gestion économique. Le FMI a effectivement noté que les performances économiques du Salvador « ont dépassé les attentes » et a cité l'amélioration de la sécurité et de la confiance des investisseurs comme facteurs positifs. Mais ces éloges s'accompagnent d'une interdiction claire sur le Bitcoin.

Le Salvador a adopté le Bitcoin comme monnaie légale en septembre 2021, devenant le premier pays au monde à le faire. Le gouvernement a depuis accumulé du Bitcoin de manière régulière, une stratégie que le président Nayib Bukele a défendue publiquement. D'autres entités ont suivi une logique similaire d'accumulation, mais dans un cadre privé plutôt que souverain.

L'historique des tensions avec le FMI

Les négociations entre le Salvador et le FMI sur le Bitcoin ont commencé dès 2021. L'institution avait exprimé des inquiétudes sur les risques budgétaires et la volatilité associés à la cryptomonnaie. Le programme de facilité élargie, approuvé initialement en décembre 2024, incluait déjà des restrictions sur l'exposition du gouvernement au Bitcoin.

Le non-respect constaté lors de cette révision montre que le Salvador a continué ses achats malgré l'accord. Le FMI a choisi d'accorder une dérogation plutôt que de bloquer le programme, mais en durcissant les conditions pour l'avenir. La formulation est sans ambiguïté : le gouvernement doit réduire sa participation aux activités crypto, pas seulement limiter les achats.

Les implications pour la politique Bitcoin du Salvador

Cette décision du FMI met fin, dans les faits, à la stratégie d'accumulation gouvernementale de Bitcoin au Salvador. Le pays conserve ses avoirs actuels, mais ne peut plus en acquérir de nouveaux avec des fonds publics. La distinction entre dons privés et fonds publics, utilisée pour justifier la dérogation, devient un cadre permanent.

Les sociétés privées qui accumulent du Bitcoin ne sont pas soumises aux mêmes contraintes que les États membres du FMI. Le Salvador se retrouve dans une position unique : il a fait du Bitcoin une monnaie légale, mais son gouvernement ne peut plus en acheter. Cette contradiction reflète le fossé entre l'adoption symbolique et la liberté d'action économique.

Le déblocage des 139 millions de dollars permet au Salvador de respecter ses obligations financières à court terme. Mais le prix de cette liquidité est l'abandon d'une politique qui était au cœur du projet économique du gouvernement Bukele. Les règles qui encadrent l'exposition au Bitcoin varient selon les juridictions et les types d'acteurs, mais le cas salvadorien montre que les contraintes internationales peuvent primer sur les choix nationaux lorsqu'un pays dépend du financement du FMI.

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