Capital B rachète du bitcoin, la dilution grimpe en silence

Capital B a racheté 376 bitcoins et détient 3 521 BTC au total. Mais derrière son BTC Yield de 2,17 pour cent se cache une forte dilution des actionnaires.

Camille Deschamps Analyse

Capital B a confirmé le 7 septembre l'achat de 376 bitcoins pour 25,3 millions d'euros. L'ancienne Blockchain Group, rebaptisée en juillet 2025, porte ainsi sa réserve à 3 521 BTC. La société cotée à Paris se présente comme la première trésorerie bitcoin d'Europe continentale. Derrière ce chiffre rond se cache une mécanique de financement que ses actionnaires connaissent moins bien.

Un achat qui relance la machine

L'opération a été payée 25,3 millions d'euros, soit environ 87 878 euros par bitcoin. C'est le plus gros achat de Capital B depuis septembre 2025, quand la société avait accumulé 551 BTC d'un coup. Le contraste avec l'été est net. En août, l'entreprise n'avait ajouté que 6 bitcoins à sa réserve.

Le total investi atteint désormais 309,4 millions d'euros pour un prix de revient moyen de 87 878 euros par unité. Au moment de l'annonce, le bitcoin s'échangeait autour de 79 500 dollars, après un plus haut récent proche de 81 700 dollars. Capital B affiche donc une réserve dont la valeur de marché reste sensible au moindre mouvement du cours.

Cette reprise des achats intervient dans un marché hésitant. Le bitcoin a ouvert septembre sur une note fragile, comme l'a montré son parcours au début du mois. Acheter pendant une baisse fait partie de la stratégie affichée par la direction.

Le BTC Yield, un indicateur à manier avec prudence

Capital B met en avant un chiffre précis : un BTC Yield de 2,17 pour cent depuis le début de l'année. Cet indicateur mesure la progression du nombre de bitcoins détenus rapporté à chaque action. En clair, la société cherche à prouver que chaque titre donne droit à davantage de bitcoin qu'auparavant.

Le problème tient à la manière d'y parvenir. Pour acheter du bitcoin sans revenus opérationnels suffisants, Capital B émet des actions et des bons de souscription. La réserve grossit, mais le nombre de titres aussi. Le BTC Yield peut rester positif tout en masquant une dilution réelle pour celui qui détient déjà des actions.

327 millions de bons de souscription en circulation

Les documents de l'opération donnent la mesure du phénomène. Plus de 327 millions de bons de souscription d'actions circulent déjà. À cela s'ajoute une dette convertible adossée à 821 bitcoins. Si l'ensemble de ces bons était exercé, un actionnaire qui détient 1 pour cent du capital verrait sa part tomber à 0,65 pour cent.

Le cas d'Adam Back illustre le mouvement. Le fondateur de Blockstream a investi 7,6 millions d'euros au début du mois, portant sa participation à environ 17,64 pour cent. En cas d'exercice complet des bons, sa part pourrait grimper vers 27,80 pour cent. Les bons prévoient trois prix d'exercice échelonnés, de 0,75 à 1,27 euro, sur une période de cinq ans. Leur exercice intégral rapporterait jusqu'à 49,4 millions d'euros à la société.

Pour un investisseur particulier, la lecture change du tout au tout. La réserve de bitcoin progresse, mais la promesse d'exposition par action se dilue à chaque nouvelle émission. Le rendement affiché et la réalité ressentie peuvent diverger fortement.

Un modèle qui dépend d'une prime fragile

Capital B revendique la deuxième réserve de bitcoin cotée au monde, derrière l'allemande Bitcoin Group SE et ses 3 605 BTC. Ce classement flatteur repose sur une condition simple : la capacité à lever des fonds à bon compte. Le modèle fonctionne tant que le marché paie l'action plus cher que la valeur nette des bitcoins détenus.

Or cette prime s'effrite ailleurs. Aux États-Unis, Strategy a vu sa valorisation boursière se rapprocher de la simple valeur de sa réserve. La japonaise Metaplanet est passée sous ce seuil. Quand la prime disparaît, émettre des actions pour acheter du bitcoin détruit de la valeur au lieu d'en créer. La demande institutionnelle reste bien présente, comme le montrent les flux vers les fonds cotés, mais elle se concentre sur quelques véhicules.

Le pari de Capital B tient donc à un équilibre précaire. Tant que les investisseurs acceptent de payer une prime pour une exposition indirecte au bitcoin, la société peut continuer d'acheter et de gonfler sa réserve. Le vrai test viendra le jour où cette prime s'évanouira. À ce moment, la question ne sera plus le nombre de bitcoins détenus, mais le nombre d'actions émises pour y arriver.

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