Récompenses stablecoins : 50 000 Européens contre la BCE

50 000 Européens demandent des récompenses sur stablecoins. La BCE veut étendre l'interdiction au staking et aux avantages indirects. Révision en 2027.

Camille Deschamps Analyse

Cinquante mille Européens réclament des récompenses

Le débat sur les récompenses stablecoins divise l'Europe. Plus de 50 000 citoyens européens ont envoyé un courriel à la Commission européenne pour demander l'assouplissement des règles MiCA. Une pétition séparée a recueilli plus de 126 600 signatures demandant que l'interdiction de redistribuer les rendements soit levée pour les stablecoins adossés à des actifs sûrs portant intérêt. Les deux initiatives ont convergé vers la même revendication : permettre aux émetteurs et aux plateformes d'offrir des récompenses stablecoins, du cashback, des programmes de fidélité et des frais réduits.

L'organisation Stand With Crypto EU et ses partenaires, dont Boerse Stuttgart Digital, 50 Partners, IOTA et Morpho, soutiennent que les règles européennes rendent les stablecoins en euro moins compétitifs que les produits américains et asiatiques. Ils citent le GENIUS Act américain, qui interdit aux émetteurs de payer des intérêts mais autorise les plateformes à offrir des récompenses. Le cadre américain crée ainsi une séparation entre l'émission et la distribution que MiCA ne reconnaît pas.

La BCE veut étendre l'interdiction

Le Système européen de banques centrales, BCE incluse, a publié le 22 septembre 2026 une réponse à la consultation de la Commission. La position est l'inverse de celle des signataires : maintenir l'interdiction de rémunérer les détenteurs et l'étendre aux avantages indirects, ainsi qu'aux opérations de prêt, d'emprunt et de staking. L'argument central est que « la monnaie électronique est destinée à être utilisée pour effectuer des paiements et non comme un moyen d'épargne ».

Les banques centrales proposent également de supprimer l'exigence selon laquelle les émetteurs doivent détenir 30 % de leurs réserves sous forme de dépôts bancaires, et 60 % pour les plus importants. Cette règle visait à garantir la liquidité immédiate. La BCE suggère de la remplacer par des seuils de liquidité sans imposer la forme. Ce changement donnerait aux émetteurs plus de flexibilité dans la gestion des réserves, tout en restreignant davantage ce qu'ils peuvent offrir aux utilisateurs.

Deux visions opposées de la compétitivité

Pour les défenseurs des récompenses stablecoins, l'interdiction MiCA handicape les produits européens face à la domination du dollar. Un émetteur américain peut structurer son offre pour que la plateforme de distribution rémunère les utilisateurs, tandis qu'un émetteur européen ne peut pas. Résultat : les utilisateurs européens choisissent l'USDC ou l'USDT, même quand un stablecoin en euro existe.

Pour la BCE, autoriser les récompenses transformerait les stablecoins en produits d'épargne déguisés. Cela créerait une concurrence directe avec les dépôts bancaires réglementés, sans les mêmes garanties. L'ajout du prêt et du staking à la liste des activités interdites montre que la BCE cherche à maintenir une ligne stricte entre paiement et investissement. Le rendement des stablecoins est un sujet distinct de la rémunération directe, mais la BCE semble vouloir fermer toutes les voies indirectes.

Où en est la consultation

La Commission européenne a clôturé sa consultation publique début octobre 2026. La réponse des banques centrales date du 22 septembre. Les recommandations du Système européen de banques centrales ne sont pas contraignantes, mais elles pèsent lourd dans la décision finale. La Commission a le dernier mot. Il n'est pas clair si les courriels envoyés via Stand With Crypto EU seront officiellement comptabilisés dans le bilan de la consultation.

Une révision plus large des règles européennes sur les crypto-actifs est prévue pour 2027. Les positions prises maintenant sur les stablecoins pourraient influencer cette révision. Si la BCE obtient gain de cause, les banques françaises qui misent sur les stablecoins en euro devront convaincre les utilisateurs sans l'argument des récompenses. Si les défenseurs des récompenses l'emportent, les émetteurs européens retrouveront une marge de manœuvre commerciale.

Un débat sur la nature des stablecoins

La question technique des récompenses cache un désaccord plus profond : un stablecoin est-il un instrument de paiement ou un actif financier ? Pour la BCE, la réponse est claire : c'est un instrument de paiement, et tout mécanisme qui le fait ressembler à un placement doit être bloqué. Pour les signataires de la pétition, cette rigidité tue dans l'œuf toute innovation dans les moyens de paiement numériques.

Le GENIUS Act américain a trouvé un compromis : l'émetteur ne rémunère pas, mais la plateforme de distribution peut offrir des avantages. Ce modèle sépare la stabilité de l'émission et la compétitivité de la distribution. MiCA, tel qu'il est appliqué aujourd'hui, ne fait pas cette distinction. Étendre l'interdiction aux avantages indirects, comme le propose la BCE, rendrait ce compromis impossible en Europe.

Quel impact pour les investisseurs français

Si l'interdiction est maintenue et étendue, les stablecoins européens resteront des outils de paiement purs, sans incitation financière à les détenir. Les utilisateurs qui recherchent un rendement devront se tourner vers d'autres produits réglementés ou vers des stablecoins émis hors d'Europe et bientôt inaccessibles sur les plateformes agréées MiCA. Les détenteurs français d'EURC ou d'autres stablecoins conformes ne bénéficieront d'aucun cashback, programme de fidélité ou frais réduits liés à la détention.

Si les récompenses sont autorisées, les émetteurs européens pourront aligner leur offre sur celle des concurrents américains. Cela pourrait relancer l'adoption des stablecoins en euro, aujourd'hui largement distancés par le dollar. La décision de la Commission aura des conséquences directes sur la part de marché des stablecoins européens et sur la compétitivité de l'industrie crypto européenne face aux États-Unis et à l'Asie.

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