Stablecoin euro : les paris opposés des banques françaises

Société Générale hisse son stablecoin euro EURCV au deuxième rang européen quand BNP Paribas rejoint le consortium Qivalis : deux paris bancaires opposés.

Camille Deschamps Analyse

Deux des plus grandes banques françaises avancent sur le stablecoin, mais pas dans la même direction. Société Générale, via sa filiale SG-FORGE, a hissé son jeton EURCV au deuxième rang des stablecoin libellés en euro. Au même moment, BNP Paribas a pris la voie inverse : rejoindre un consortium de dix banques pour lancer un jeton commun. Pour l'épargnant français, ces choix décideront demain de ce qu'il trouvera dans son application bancaire.

Le stablecoin euro reste un marché minuscule

Les chiffres remettent les choses à l'échelle. Selon les données relevées le 2 septembre 2026 par le média The Cryptonomist, l'ensemble des stablecoin en euro pèse entre 650 et 780 millions de dollars. C'est une goutte d'eau face aux jetons en dollar, qui se comptent en centaines de milliards.

Sur la semaine, l'EURC de Circle, leader du segment, a gagné environ 10,3 millions de dollars. L'EURCV de Société Générale a suivi avec 5,6 millions, ce qui le place au deuxième rang, pour une capitalisation estimée entre 140 et 180 millions. Une réserve de prudence s'impose : l'EURCV n'affichait aucun volume d'échange sur 24 heures, si bien que ces montants reflètent surtout des mouvements d'émission et de réserve, pas une demande de marché.

Stablecoin euroEmetteurVariation sur la semaineRang
EURCCircle+10,3 M$1
EURCVSG-FORGE (Société Générale)+5,6 M$2
EUReMonerium+1,0 M$3

Le double pari de Société Générale

La particularité de SG-FORGE tient à sa gamme. La banque n'émet pas seulement un jeton en euro. Elle fait aussi tourner l'USDCV, un stablecoin adossé au dollar, lancé mi-2025 sur Ethereum puis Solana. Ses réserves sont conservées chez BNY Mellon et il est émis sous le cadre européen MiCA.

Depuis le printemps 2026, l'USDCV est accessible directement dans le wallet MetaMask, grâce à un partenariat avec ConsenSys et Transak. Le message est clair : une banque française émet un jeton en dollar, sous des règles européennes, pour capter une demande qui reste massivement tournée vers le billet vert. Nous avions détaillé pourquoi le cadre MiCA favorise l'euro sur le papier, sans effacer l'avance du dollar, dans notre analyse sur le tapis rouge de MiCA au stablecoin euro.

BNP Paribas mise sur le collectif

BNP Paribas a fait un autre calcul. La banque a rejoint Qivalis, une structure incorporée aux Pays-Bas qui réunit dix établissements : Banca Sella, CaixaBank, Danske Bank, DekaBank, ING, KBC, Raiffeisen Bank International, SEB, UniCredit et BNP Paribas. Le projet, décrit par Ledger Insights, vise un lancement au second semestre 2026, une fois obtenue une licence de monnaie électronique auprès du régulateur néerlandais.

La gouvernance est solide sur le papier. La présidence revient à Sir Howard Davies, ancien patron de la Financial Services Authority britannique. La direction générale est confiée à Jan-Oliver Sell, ex-responsable de Coinbase en Allemagne. Mais le contraste avec Société Générale saute aux yeux : pendant que le consortium attend son agrément, l'EURCV occupe déjà la deuxième place. La vitesse en solo contre l'échelle du collectif.

Ce que la course change pour l'utilisateur en France

Pour un particulier, l'enjeu n'est pas la technologie mais la distribution. Un jeton bancaire a vocation à apparaître dans des applications déjà agréées, au moment où le régime PSAN cède la place aux agréments CASP prévus par MiCA. Le sujet du choix d'une plateforme reste central, comme le montrent les 33 plateformes agréées en France, et l'arrivée des banques rebat les cartes face aux exchanges.

Un point fiscal mérite d'être posé sans détour. Aux yeux du fisc français, un stablecoin reste un actif numérique, pas une devise. Convertir un bitcoin en EURCV n'est donc pas, en l'état, une cession imposable : le prélèvement forfaitaire unique de 30 % se déclenche au passage en euros ou à l'achat d'un bien. Un jeton euro adossé à une banque offre ainsi un point de sortie sans quitter la sphère crypto. Les banques l'ont compris, tout comme les groupes mutualistes que nous suivons dans notre dossier sur l'achat de cryptos via sa banque.

La bataille se jouera donc sur le terrain de l'usage. Celui qui placera son jeton dans les applications que les Français ouvrent déjà chaque jour partira avec une longueur d'avance. Société Générale a pris de vitesse, BNP Paribas parie sur la force du nombre. Les prochains mois diront quelle méthode gagne du terrain en Europe.

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