BitMine arrêtera d'acheter de l'ether à 5% de l'offre totale
Tom Lee, président de BitMine Immersion (NYSE: BMNR), a confirmé le 7 octobre 2026 que la société cessera ses achats d'ether une fois qu'elle détiendra 5% de l'offre en circulation. BitMine détient actuellement 4,87% de tous les ETH existants, soit environ 6,09 millions de tokens pour une valeur de marché de 16,5 milliards de dollars au cours actuel de 2 710 dollars. La société achète en moyenne 85 000 ETH par mois depuis janvier 2026, ce qui signifie qu'elle atteindra sa limite auto-imposée d'ici la fin novembre 2026.
L'annonce a provoqué une chute de 6% du cours de l'action BMNR et une baisse de 2,8% du prix de l'ether dans les heures qui ont suivi. Les investisseurs anticipent la disparition du plus gros acheteur institutionnel d'ethereum, qui absorbait jusqu'ici environ 3% de la production mensuelle de nouveaux ETH issus du staking. Sans ce coussin de demande, le marché devra trouver d'autres acheteurs pour équilibrer l'offre constante générée par les récompenses de validation.
Une stratégie d'accumulation inspirée de MicroStrategy
BitMine a lancé son programme d'achat d'ether en janvier 2026 après avoir levé 4,2 milliards de dollars via une émission d'obligations convertibles à taux zéro. Le modèle reprend celui de MicroStrategy pour le bitcoin : emprunter à faible coût pour accumuler un actif crypto en pariant sur son appréciation future. La différence réside dans le plafond de 5%, que MicroStrategy n'a jamais appliqué à ses achats de BTC.
Tom Lee a justifié cette limite par des considérations de liquidité et de gouvernance. Détenir plus de 5% d'un actif décentralisé soulève des questions réglementaires aux États-Unis, notamment sur le statut de security et les obligations de déclaration auprès de la SEC. La société préfère éviter un débat juridique en se maintenant sous ce seuil symbolique. Le bitcoin, que BitMine ne détient qu'à hauteur de 0,08% de l'offre, ne pose pas le même problème.
L'impact sur le prix de l'ether reste incertain
Les analystes divergent sur l'effet qu'aura l'arrêt des achats de BitMine. Certains estiment que la disparition de 85 000 ETH de demande mensuelle créera un déséquilibre structurel qui pèsera sur les prix. L'émission nette d'ether s'élève à 280 000 tokens par mois après déduction des ETH brûlés par les frais de gas. Si BitMine absorbait 30% de cette émission nette, son retrait laisse un excès d'offre de 85 000 ETH mensuels que le marché devra absorber.
D'autres observateurs soulignent que le marché a eu trois mois pour anticiper cette échéance. Le plafond de 5% était connu dès le lancement du programme en janvier 2026, et les investisseurs institutionnels ont eu le temps de se positionner. Les ETF ethereum spot, qui ont collecté 2,1 milliards de dollars de flux nets depuis juillet 2026, pourraient partiellement compenser la demande de BitMine. La question reste de savoir si ces flux se maintiendront sans le signal haussier que représentait l'accumulation continue de BitMine.
Le staking comme relais de croissance
BitMine génère des revenus de staking sur ses 6,09 millions d'ETH, qui rapportent environ 3,2% par an en récompenses nettes après frais d'infrastructure. Cela représente un flux de trésorerie annuel de 530 millions de dollars au cours actuel, soit un rendement de 3,2% sur la position totale. La société a indiqué qu'elle réinvestira ces récompenses dans l'achat d'ether tant qu'elle reste sous le plafond de 5%, mais qu'elle les convertira en trésorerie une fois la limite atteinte.
Ce basculement transformera BitMine d'accumulateur net en vendeur marginal. Les 530 millions de dollars de récompenses annuelles devront être liquidés pour financer les opérations, ce qui ajoutera une pression vendeuse récurrente. Le marché devra absorber environ 195 000 ETH par an issus des seules récompenses de staking de BitMine, en plus de l'émission nette provenant de l'ensemble du réseau.
Les concurrents ne comblent pas encore le vide
Aucune société cotée n'a annoncé un programme d'achat d'ether comparable à celui de BitMine. Galaxy Digital détient 180 000 ETH, soit 30 fois moins, et n'a pas communiqué de plan d'expansion. Les fonds crypto institutionnels comme Grayscale se concentrent sur le bitcoin et les layer 1 alternatifs comme Solana. Le seul vecteur de demande institutionnelle reste les ETF spot, qui dépendent de l'appétit retail et des flux de capitaux macro.
L'écosystème DeFi sur Ethereum génère une demande organique d'ETH pour le collatéral et les frais de gas, mais cette demande n'a pas augmenté au même rythme que l'offre en 2026. La TVL en dollar sur Ethereum a stagné autour de 65 milliards depuis mars 2026, alors que l'offre d'ETH a continué de croître de 0,2% par mois. Sans un catalyseur externe comme l'adoption massive des RWA tokenisés ou une nouvelle vague DeFi, la demande structurelle peine à suivre l'émission.
Le précédent MicroStrategy ne s'applique pas directement
MicroStrategy n'a jamais cessé d'acheter du bitcoin, et son action se traite désormais comme un proxy BTC avec un effet de levier implicite. BitMine espérait reproduire ce modèle avec l'ether, mais le plafond de 5% casse la mécanique. Une fois que la société aura atteint sa limite et commencé à vendre ses récompenses de staking, l'action BMNR perdra son narrative d'accumulation perpétuelle. Les investisseurs devront réévaluer la prime qu'ils sont prêts à payer pour une exposition à un actif que la société ne fait plus que conserver.
Le cours de BMNR se négocie actuellement avec une prime de 18% par rapport à la valeur nette d'inventaire de ses ETH. Cette prime reflète l'anticipation d'achats futurs et l'effet de levier des obligations convertibles. Si BitMine devient un simple détenteur passif qui vend ses récompenses, la prime devrait se réduire, voire se transformer en décote comme c'est le cas pour les trusts crypto fermés. L'arrêt des achats pourrait donc peser davantage sur l'action BitMine que sur le prix de l'ether lui-même.