Le paradoxe d'Ethereum layer 2 tient en une phrase : jamais le réseau n'a été aussi utilisé, jamais le jeton ETH n'en a aussi peu profité. Les couches secondaires, ces chaînes bâties au-dessus d'Ethereum pour réduire les frais, traitent aujourd'hui la grande majorité de l'activité. Mais la valeur qu'elles génèrent ne remonte que très faiblement vers la chaîne principale. Pour le détenteur de long terme, la question devient concrète : à quoi sert le succès technique s'il ne se traduit pas dans le jeton ?
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Le deuxième trimestre 2026 offre une photographie nette. Les frais générés au niveau des applications ont atteint environ 1,79 milliard de dollars. Sur ce total, la chaîne Ethereum n'a capté que 88,4 millions de dollars, soit 4,9 pour cent. Le reste s'est diffusé ailleurs, principalement sur les couches secondaires et leurs applications. Dans le même temps, ces couches ont traité près de 41 fois plus d'opérations que la chaîne principale.
L'écart se lit aussi dans le trafic brut. Les couches secondaires enregistrent environ 1270 opérations d'utilisateur par seconde, contre 20,4 seulement pour la chaîne principale. Le message est clair. L'activité a migré vers le haut de la pile, là où les frais sont faibles, tandis que la base sécurise l'ensemble sans en tirer un revenu proportionnel.
| Indicateur (T2 2026) | Valeur |
|---|---|
| Frais au niveau des applications | 1,79 milliard de dollars |
| Part captée par la chaîne Ethereum | 88,4 millions (4,9 pour cent) |
| Activité des couches secondaires | 41 fois celle de la base |
| Opérations par seconde, couches secondaires | environ 1270 |
| Opérations par seconde, chaîne principale | 20,4 |
D'où vient cette fuite de valeur
La cause est en partie volontaire. Pour rendre les couches secondaires abordables, Ethereum a introduit un espace de données bon marché, où ces chaînes publient leurs transactions. Le mécanisme fonctionne trop bien. Sur sept jours, la destruction d'ETH liée à ces frais de données a représenté environ 0,22 ETH, un montant proche de zéro. Or c'est cette destruction qui, autrefois, réduisait l'offre et soutenait le récit d'un actif rare.
Le calcul global penche désormais dans l'autre sens. L'offre d'ETH croît d'environ 0,85 pour cent par an, quand le rendement du staking tourne autour de 2,6 pour cent. La faible destruction ne compense plus l'émission. Nous avions analysé ce basculement en détail dans notre article sur la fin du mythe de la monnaie déflationniste. Le succès des couches secondaires accentue ce mouvement, puisqu'il vide la chaîne principale de ses frais les plus lucratifs.
Les deux camps du débat
Un premier camp voit dans cette situation un danger structurel. Selon lui, une chaîne très utilisée mais peu rémunérée finit par mal valoriser son jeton. Si les couches secondaires captent les frais et développent leurs propres jetons, ETH risque de devenir une simple couche d'ancrage, utile mais peu recherchée. Le cas d'Arbitrum illustre la tension. Nous montrions, quand le cours d'Arbitrum bondissait alors que ses revenus filaient vers son trésor, que la valeur créée peut rester captive de la couche secondaire.
Le second camp défend une lecture inverse. Ethereum vend de la sécurité, pas des frais de transaction. Plus les couches secondaires prospèrent, plus elles ont besoin d'ancrer leurs données sur une base neutre et fiable. La valeur d'ETH viendrait alors de son rôle de garantie ultime et de monnaie du staking, pas du volume de frais brûlés. Dans cette vision, comparer Ethereum à une entreprise qui encaisse des commissions revient à mal poser le problème.
Ce que cela change pour un investisseur en France
Le débat n'est pas qu'académique. Il touche directement la thèse d'investissement sur ETH. Miser sur ce jeton, c'est aujourd'hui parier soit sur un retour de la valeur vers la base, soit sur la primauté de la sécurité comme source de valeur. Les deux paris sont défendables, mais ils ne reposent pas sur les mêmes moteurs.
Pour l'investisseur français, deux points pratiques restent stables quel que soit le vainqueur du débat. D'abord, les revenus du staking ETH suivent des règles fiscales propres, souvent floues, qu'il faut anticiper. Ensuite, l'accès régulé à l'actif progresse mais demeure limité, comme le rappelle notre suivi des ETF ether et de leurs flux et notre guide sur les produits cotés accessibles depuis la France. La captation de valeur restera l'indicateur à surveiller dans les prochains trimestres, bien plus que le seul cours du jeton.