La nuit a été rude pour les traders à effet de levier. En vingt-quatre heures, les liquidations sur le marché crypto ont atteint 369 millions de dollars, emportant plus de 90 000 comptes. Le déclencheur n'est pas venu de la crypto elle-même, mais du pétrole et des taux d'intérêt. Voici comment une hausse du baril s'est transformée en vague de liquidations forcées.
Le pétrole a rallumé la peur de l'inflation
Tout part des matières premières. Le baril de brut WTI est repassé au-dessus de 90 dollars, jusqu'aux environs de 92. Dans son sillage, le rendement des obligations américaines à dix ans a grimpé autour de 4,78 %, un plus haut du cycle actuel. Ce retour de la crainte inflationniste liée au pétrole et aux taux change la donne.
La conséquence est directe. La probabilité d'une hausse des taux de la Réserve fédérale le 16 septembre est remontée à environ 66 %. Quand l'argent sans risque rapporte davantage, les actifs volatils perdent de leur attrait. Nous avions déjà décrit ce basculement dans notre article sur le bitcoin sous 78 000 dollars et le pari d'une hausse de taux.
Les altcoins ont payé le plus cher
Cette vague de liquidations a d'abord frappé les altcoins. Le détail des positions est parlant. D'après les données compilées par U.Today, le bitcoin concentre près de 111,8 millions de dollars de positions liquidées, Ethereum 95,4 millions et Solana 27,1 millions. Les positions longues pèsent 301,8 millions, contre seulement 67,8 millions pour les positions vendeuses. Le marché pariait donc largement sur une hausse, et il s'est fait prendre à contre-pied.
| Actif | Positions liquidées | Prix au moment de la secousse |
|---|---|---|
| Bitcoin | 111,8 M$ | 77 200 a 77 600 $ |
| Ethereum | 95,4 M$ | environ 2 420 $ |
| Solana | 27,1 M$ | 98,47 $ (sous 100 $) |
Solana est repassé sous la barre des 100 dollars, un seuil suivi de près par les traders. La capitalisation totale du marché est retombée entre 2 590 et 2 700 milliards de dollars.
Ce que la secousse dit à un détenteur français
La leçon tient à un mot : le levier. Une position empruntée amplifie les gains comme les pertes, et une baisse de quelques pour cent suffit à effacer la mise. Ces liquidations frappent d'abord ceux qui jouaient à crédit, pas l'épargnant qui détient ses jetons sans effet de levier.
Un point fiscal mérite d'être rappelé. Pour un résident français, tant que les cryptos ne sont pas converties en euros, la moins-value reste latente et ne se déclare pas. Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % ne vise que les plus-values réalisées au passage en monnaie fiat. La saisonnalité joue aussi contre le marché, comme nous l'avons expliqué à propos du mois de septembre, historiquement le plus faible pour le bitcoin, un contexte déjà pesant après les sorties des fonds indiciels détaillées dans notre suivi des ETF bitcoin en septembre.
Le marché attend désormais la décision de la Fed. D'ici au 16 septembre, le pétrole et les taux dicteront l'humeur des cryptos, bien plus que les seuls indicateurs internes au secteur. Les détenteurs sans levier, eux, restent spectateurs d'une purge de liquidations qui vise surtout les paris à crédit.