Gagner un intérêt sur ses stablecoins était devenu un réflexe pour beaucoup d'épargnants crypto. Déposer des dollars numériques, toucher un rendement régulier, sans la volatilité du bitcoin : la promesse séduisait. Depuis l'entrée en vigueur complète du règlement européen MiCA, cette pratique s'est heurtée à un mur réglementaire. Voici ce que les stablecoins autorisent encore, et ce qu'ils ne permettent plus, pour un résident français en 2026.
Ce que MiCA interdit vraiment
Le cœur du sujet tient dans l'article 50 du règlement MiCA. Il interdit aux émetteurs de jetons de monnaie électronique, ainsi qu'aux prestataires régulés, de verser un intérêt lié à la durée de détention d'un stablecoin. Sont visés les jetons adossés à une monnaie officielle, comme l'USDC en dollar ou l'EURC en euro.
La conséquence a été concrète et rapide. Coinbase a mis fin à son programme de récompenses sur l'USDC pour les utilisateurs de l'Espace économique européen le 1er décembre 2024. Kraken, de son côté, exclut cette même zone de ses offres de rémunération sur stablecoins. L'intérêt versé directement par la plateforme ou l'émetteur n'est donc plus permis en Europe.
Il faut bien distinguer deux choses. Détenir un stablecoin reste parfaitement légal. C'est le fait de percevoir un rendement versé par l'émetteur ou le prestataire, du seul fait de la détention, qui tombe sous le coup de l'interdiction. La nuance ouvre la porte à des solutions qui reposent sur un autre mécanisme.
Les pistes encore ouvertes
La première tient à la finance décentralisée. Un protocole comme Aave n'est pas un émetteur de stablecoin. Lorsqu'un utilisateur y dépose des USDC, l'intérêt qu'il reçoit provient des emprunteurs qui paient pour utiliser ces fonds, pas d'une rémunération versée par l'émetteur. Selon une analyse publiée en septembre 2026, un dépôt de 10 000 euros en USDC sur ce type de protocole a rapporté environ 3,5 pour cent brut sur douze mois, entre septembre 2025 et septembre 2026.
La seconde piste passe par des produits de prêt situés hors du champ direct de MiCA. Une offre comme Bitpanda Earn se présente comme un contrat de prêt : l'utilisateur prête ses jetons, la plateforme les conserve et verse une contrepartie. Le montage change de nature juridique, ce qui explique qu'il reste proposé là où le versement d'intérêt classique a disparu.
Ces solutions ne sont pas sans contrepartie. La finance décentralisée expose au risque de faille technique ou de défaillance d'un protocole. Un contrat de prêt sur plateforme centralisée fait porter à l'utilisateur le risque de crédit de l'établissement. Le rendement n'est jamais sans risque, quel que soit l'habillage.
Comparer les options nettes
Le brut affiché ne dit pas grand-chose. Ce qui compte, c'est ce qui reste une fois les frais, la fiscalité et le change pris en compte. La même analyse propose une comparaison, pour un placement de 10 000 euros sur douze mois, avec des repères classiques de l'épargne française.
| Support | Gain net estimé (10 000 euros, 12 mois) |
|---|---|
| Prêt via plateforme (offre bonifiée) | Environ 490 euros |
| USDC prêté en finance décentralisée | Environ 244 euros |
| Fonds en euros d'assurance vie | Environ 215 euros |
| Livret A | Environ 160 euros |
L'écart avec un livret réglementé existe, mais il est plus mince qu'on ne l'imagine une fois tout intégré. Un placement crypto qui rapporte à peine plus qu'un fonds en euros, tout en portant un risque bien supérieur, ne se justifie pas pour tout le monde.
La fiscalité française change la donne
En France, les gains tirés d'un prêt de stablecoins sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent, souvent appelé flat tax, au moment de la conversion en euros. Ce prélèvement ampute mécaniquement le rendement net. Un gain brut de 350 euros peut ainsi se réduire à environ 244 euros une fois l'impôt et les frais déduits.
La règle générale d'imposition des actifs numériques mérite d'être connue avant tout placement. Nous l'avons détaillée dans notre article sur la flat tax et le barème progressif appliqués aux plus-values crypto. Le choix du régime d'imposition peut peser sur le résultat final.
Le risque de change, le grand oublié
Un point échappe souvent aux calculs : la devise. La plupart des stablecoins les plus liquides sont adossés au dollar. Or, sur l'année 2025, le dollar a reculé d'environ 12,2 pour cent face à l'euro. Pour un épargnant qui raisonne en euros, une telle baisse efface plusieurs années de rendement tiré du prêt de stablecoins.
Se tourner vers un stablecoin en euro comme l'EURC neutralise ce risque de change, mais les mêmes règles d'interdiction d'intérêt s'appliquent à l'émetteur. Les banques françaises se sont d'ailleurs positionnées sur ce terrain, comme nous le racontions à propos du stablecoin en euro Qivalis lancé par douze banques. Le choix de la devise du stablecoin n'est donc pas neutre.
Au-delà du rendement, une utilité qui demeure
Même privés d'intérêt, les stablecoins gardent une fonction pratique. Ils permettent de mettre une position à l'abri de la volatilité du bitcoin sans repasser par un compte bancaire. Ils servent aussi à déplacer de la valeur d'une plateforme à l'autre en quelques minutes, ou à régler des opérations en finance décentralisée. Depuis MiCA, la lecture la plus juste consiste sans doute à voir les stablecoins comme un outil de trésorerie, et non comme un produit d'épargne rémunéré. Ce changement de regard évite bien des déceptions face à des rendements qui, une fois nets, restent modestes.
Questions fréquentes
Peut-on encore toucher un intérêt sur ses stablecoins en France ?
Pas directement auprès d'un émetteur ou d'une plateforme régulée : MiCA l'interdit. Des rendements restent accessibles via la finance décentralisée ou des contrats de prêt spécifiques, avec des risques propres à chaque solution.
Détenir des USDC ou de l'EURC est-il légal ?
Oui. L'interdiction porte sur la rémunération liée à la détention, pas sur la détention elle-même. Conserver un stablecoin dans un portefeuille ne pose aucun problème réglementaire.
Comment sont imposés ces rendements ?
Les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent lors de la conversion en euros. Le mode de conservation et de déclaration compte, sujet que nous abordons dans notre guide complet pour détenir ses cryptos en France en 2026.