Douze banques européennes s'unissent pour lancer un stablecoin euro baptisé Qivalis. Le projet, basé à Amsterdam, vise une mise en circulation au second semestre 2026. Son ambition est claire : offrir une alternative crédible aux stablecoins libellés en dollars, qui dominent aujourd'hui le marché. Pour les banques du continent, il s'agit d'une question de souveraineté monétaire.
Un consortium de poids lourds bancaires
L'alliance réunit des noms connus. On y trouve ING, UniCredit, BBVA et BNP Paribas, aux côtés de huit autres établissements. Le stablecoin euro sera conforme au règlement MiCA et adossé à une structure d'établissement de monnaie électronique. Le consortium a déposé une demande d'agrément auprès de la banque centrale néerlandaise.
Le directeur général du projet, Jan-Oliver Sell, décrit l'initiative comme un tournant pour le commerce numérique et l'innovation financière en Europe. La cible dépasse le seul usage spéculatif. Les banques visent les paiements, les règlements entre entreprises et, à terme, les dépôts tokenisés.
Paris pousse pour un euro numérique privé
Le calendrier n'est pas neutre. En avril 2026, le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, avait jugé le poids des stablecoins euro face aux jetons en dollars comme n'étant pas satisfaisant. Il avait appelé les banques à explorer davantage les dépôts tokenisés. Au sujet de ce type de projet, il avait résumé sa position sans détour : c'est ce dont l'Europe a besoin.
Cette prise de parole marque un virage. La France s'est longtemps méfiée des stablecoins privés. La Banque de France plaide d'ailleurs pour des limites plus strictes sur les stablecoins étrangers dans le cadre de MiCA. Le sujet reste sensible, comme l'avaient déjà montré les paris opposés des banques françaises sur cette question.
Le dollar garde une longueur d'avance
Le défi reste immense. Les stablecoins en dollars comme l'USDT et l'USDC concentrent la quasi-totalité des volumes. La menace d'une dollarisation numérique inquiète les régulateurs européens. Même en France, le Crédit Agricole a choisi un stablecoin en dollars plutôt que l'euro pour son premier pas dans ce domaine.
Qivalis arrive donc sur un terrain déjà occupé. Son succès dépendra moins des annonces que de son adoption réelle par les commerçants et les entreprises. Les banques disposent d'un réseau et d'une confiance que les acteurs crypto n'ont pas. Reste à transformer cet avantage en usage concret face à des rivaux américains bien installés.